Son nom est quasi inconnu du grand public, sa vie ne fait pas la Une des journaux à sensation, pourtant, la planète lui doit deux des plus grands vaccins relatifs à la pandémie. Katalin Kariko a vu le jour en Hongrie, il y a 65 ans et son nom sera très probablement cité pour l’obtention du Prix Nobel. 

Dans les  années 1980, avec son mari et sa fille,  et son doctorat en poche obtenu à l’Université de Szeged Katalin Kariko quitte sa Hongrie natale, son pays est encore un satellite de l’Union soviétique et il lui faut ruser pour arriver de l’autre côté de l’Atlantique.  Elle a le sentiment que son destin  de chercheuse se joue dans la plus aux États-Unis, elle intègre l’université de Pennsylvanie : « En Hongrie,  j’aurais été une chercheuse « médiocre » et « pleurnicharde » confie-t-elle avec humour. 

Mais elle ne va pas tarder à apprendre à ses dépens que pour être révolutionnaire, il n’est pas nécessaire de dresser des barricades, il suffit juste de ne pas suivre le mouvement général et les voies imposées par le plus grand nombre. Pendant des années, la chercheuse en biochimiste rame à contre-courant, au moment où toute la galaxie scientifique travaillait sur l’ADN, et selon l’aveu de ses confrères, elle s’obstine à poursuivre dans une voie sans issue. Ce qui lui vaut d’être mise au « placard »

« J’étais sur le point d’être promue et il m’ont rétrogradée. Ils s’attendaient à ce que je claque la porte. « 

Ce qui la passionne, c’est  l’ARN messager qui apporte aux cellules un mode d’emploi sous forme de code génétique pour combattre les maladies. La biochimiste pense que l’ARN messager pourra jouer un rôle-clé dans le traitement de certaines maladies, en soignant  notamment les tissus du cerveau après un AVC.

La Covid modifie la donne

Les années sombres s’enchainent, jusqu’au jour où à la photocopieuse elle fait la connaissance de Drew Weissman, médecin immunologiste dont les travaux portent  sur un antidote contre le sida. Ils sont sur la même longueur d’ondes et échangent leurs découvertes.

Ensemble, ils parviennent progressivement à introduire de légères des  modifications dans la structure de l’ARN, la rendant plus acceptable par le système immunitaire. Car il leur faut remédier à certaines réactions immunitaires indésirables et inflammatoire de celle-ci.

 Aux alentours des années 2000, ils déposent un brevet et leurs travaux font l’objet de publications. Dès 2005,  le monde scientifique commence à reconsidérer son opinion sur les découvertes de Katalin Kariko.  Les deux chercheurs franchissent un nouveau palier, en réussissant à placer leur précieux ARN dans des « nanoparticules lipidiques », un enrobage qui leur évite de se dégrader trop vite et facilite leur entrée dans les cellules. Leurs résultats sont rendus publics en 2015.  

Mais, 5 ans plus tard, la pandémie qui affecte la planète va donner à  ces deux percées scientifiques, toute leur importance, au point que les vaccins Pfizer et Moderna  dont le nom est Modified RNA, sont basés sur une stratégie mise au point par les deux chercheurs et qui  consiste à introduire des instructions génétiques dans l’organisme pour déclencher la production d’une protéine identique à celle du coronavirus et provoquer une réponse immunitaire.

Le Prix Nobel est au bout  du chemin

Katalin Kariko occupe aujourd’hui le poste de vice-présidente depuis 2013 au sein du laboratoire allemand BioNTech, associé à la firme Pfizer, qui produit le premier vaccin distribué dans le monde occidental. Comme tous les grands, elle a  le triomphe modeste mais n’oublie pas les humiliations qui ont jalonné son parcours de chercheuse, où une femme à la personnalité bien trempée, dans un univers masculin dérange : « Où est votre superviseur ? ».  « Ils pensaient toujours, cette femme avec un accent, il doit y avoir quelqu’un derrière, quelqu’un de plus intelligent ». Désormais son nom et celui de Drew Weissman sont associés au point  qu’ils seront très prochainement cités parmi les candidats au Nobel. Et petit avant-goût de cette reconnaissance mondiale, les deux chercheurs ont reçu en 2020 le Rosenstiel Award, qui a été créé en 1971 et qui récompense la recherche médicale et l’innovation…. 

Lea Raso Della Volta