Sa galerie de portraits sur les murs de la vieille ville de Jérusalem l’a hissé au rang des graffeurs les plus en vue de sa génération. Solomon Souza est actuellement en résidence et a été choisi par une Fondation  pour promouvoir le Street-Art israélien dans le monde.

Il pourrait très bien s’adonner à la seule peinture, mais non, Solomon Souza préfère laisser libre cours à son talent sur les façades d’immeubles, les rideaux parfois rouillés des boutiques. 

Cet autodidacte du dessin a installé son studio de peinture et lieu de vie, dans le village de Safed au nord d’Israël, un village dans lequel l’art et la tradition religieuse font bon ménage. De la terrasse de sa maison-atelier, il ne se lasse pas de contempler la vaste plaine, avec au loin la ville de Haïfa.

Non loin de son nid douillé, Solomon se rend dans une ancienne maison baptisée le « manoir anglais » et qui date du mandat britannique. Là, Solomon passe du temps à faire « ses gammes picturales » et tester ses trouvailles, car il en est conscient « quand on peint sur les murs, on peut produire le meilleur comme le pire ». 

credit Solomon Souza 

Le vaste monde pour studio

Issu d’une famille d’artistes- peintres, Solomon montre très tôt des prédispositions pour cet art. Il est encouragé par sa mère  pour qui son don artistique était une évidence : 

« Ma mère a fait en sorte que je devienne artiste. Elle a toujours peint et enseigné. Elle avait un studio incroyable et j’y allais toujours. Je peignais sur le mur quand j’étais enfant et elle scotchait un papier dessus et me laissait dessiner. Elle ne m’a jamais arrêté, au contraire elle m’a encouragé ».

L’influence maternelle et familiale a été déterminante, à l’instar des compagnons du devoir dont le « métier » s’acquerrait de manière itinérante, il se déplace de ville an ville et de pays en pays, changeant quinze fois d’école, ce qui lui a permis de retirer la substantifique moëlle de situations auxquelles il a été confronté. Né en Angleterre en 1993, il part néanmoins s’installer  à 17 ans plus tard en Israël.

Le  bilan  qu’il dresse de ces pérégrinations est positif : 

«Cela m’a rendu, d’une certaine manière, très sociable, parce que je me fais des amis très facilement. J’ai eu une enfance très folle. J’étais un enfant très gênant et j’ai fait des trucs stupides. Mais je n’aurais pas été la même personne si je n’avais pas fait ces choses «..

Cette ouverture d’esprit transparaît dans ses œuvres, car il ne s’interdit aucun sujet, mais affiche une prédilection pour l’identité et la liberté auxquelles il donne le visage de personnes iconiques qui ont marqué leur époque. 

Sous les feux de la rampe 

Depuis 2016, date à laquelle  le  talent de l’artiste est apparu au grand jour, il a fait de l’histoire mondiale sa spécialité, il peint des personnages comme la soldate juive de la Seconde Guerre mondiale Hannah Szenes, le rabbin américain Abraham Joshua Heschel et le chef du mouvement non-violent, Mahatma Gandhi.

  En 2006, engagé par le graffeur Berel Hahn, les deux artistes se mettent à peindre les rideaux rouillés des magasins du Mahané Yehouda, marché de Jérusalem : «Ce projet m’a beaucoup amené à réfléchir au contenu de mon travail et à la façon dont vous pouvez dépeindre un message et raconter une histoire lorsque vous peignez une image», dit-il. 

Ses œuvres ne sont pas des pochoirs, mais de véritables œuvres qui se créent sous les yeux des citadins, même s’il privilégie les heures où les rues sont désertes et les magasins fermés, par commodité, mais aussi par sécurité, car il manie des sprays toxiques.

Ces nombreuses nuits consacrées à peindre, l’on propulsé dans l’univers des graffeurs prolifiques, rien qu’à Jérusalem  entre 220 et 360 de ses peintures sont reproduites sur les murs. 

Toutes  portent sa griffe, le plus souvent des portraits de personnages qui ont donné leur identité aux lieux et qui sans elles, ne sont plus tout à fait les mêmes. Son message est   politique et il veut dire que  l’on a besoin de tout le monde pour faire une nation. Des peintures très colorées servent admirablement le message qu’il souhaite faire passer.

Solomon Souza 

En Inde sur les traces de son aïeul Francis Newton Souza

Il  y a un vieux dicton qui dit « bon sang ne saurait mentir » et pour Solomon il prend tout son sens.  Invité en 2019 au Serendipity Arts Festival à Goa, lieu de naissance de son grand-père le peintre Francis Newton Souza, s’engage dans une quête initiatique sous le signe de l’émotion il recherche les traces du passage de ce brillant aïeul, membre fondateur du Progressive Artists ‘Group de Bombay. 

 «Nous avons trouvé le mur parfait et nous étions sur le point de peindre le grand pionnier des arts progressifs… cependant, l’univers avait des plans différents. Alors, ramassant ma peinture, descendant la plate-forme de travail et adressant un signe de gratitude à l’homme qui m’avait lié à cette vie et à cet héritage, j’ai peint Souza comme un enfant, l’âge qu’il aurait à Goa, un jeune avec le monde s’est étendu et s’est ouvert devant lui comme un immense mur blanc », écrit-il. La raison pour laquelle le senior Souza a l’air un peu ennuyé est peut-être parce que Salomon était «assez frustré et pressé… peut-être que cela se voit dans ses traits».

 Dans les rues où il trouve son inspiration, il cherche la trace du passage sur terre de Francis Newton Souza : «C’était excitant pour moi d’errer dans les rues que mon grand-père aurait erré enfant. J’ai vu de petits enfants courir en plein air et je me suis dit: «Cela aurait été mon grand-père il y a 70, 80 ou 90 ans» ».

De retour à ses peinture, il créé sur les murs des femmes combattantes pour la liberté, dont certaines ont été emprisonnées et torturées, parmi lesquelles figurent la poétesse Eunice De Souza.  Il consacre aussi une peinture à Sacrula,  un homme mystérieux, un brin magicien et bonimenteur : « Les gens pensaient qu’il était un peu fou mais il était juste très différent. Il s’habillait en prêtre, même s’il n’en était pas un, avec de longues robes et bénissait les gens dans les rues», dit-il. Le travail est sur le mur d’une vieille maison portugaise dans un virage serré sur une route très fréquentée. «J’ai failli me faire écraser plusieurs fois en le peignant», dit-il.

Sur un autre mur se trouve Anthony de Mello, l’un des fondateurs du Board of Control for Cricket en Inde. «C’est ce type d’un petit village de Goa qui a explosé dans le monde, tout comme mon grand-père l’a fait. Les habitants de Goa sont très intelligents et internationaux. Ils adorent se répandre et explorer. Je suis sûr que les Portugais ont joué un rôle dans la création de cette culture en venant sur des bateaux et, lorsqu’ils sont partis, ont ouvert Goa », dit Solomon.

Mais la charge émotionnelle est à son comble car à Saligaon, Salomon a trouvé la maison en ruine où l’artiste légendaire avait vécu.

Sa première peinture murale, à juste titre, a également été réalisée dans le village ancestral de Francis Newton Souza, Clarice Vaz, écrivain, artiste a aidé Solomon Souza à s’installer. Elle a dit que le jeune artiste était «découragé» lorsqu’il a vu l’état délabré de la maison dans laquelle son grand-père a grandi. « Il avait les larmes aux yeux en voyant que celui qui l’achetait ne prenait pas grand soin de ce lieu ».

De retour en Israël, c’est dans les rues de la vieille ville de Jérusalem ou de Jaffa qu’il passe le plus clair de son temps. Depuis quelques mois, il est en résidence, Adam Scott Bellos qui a créé The Israel Innovation Fund,  a créé le Hebrew Wallpaper Project l’a choisi entre autres pour faire la  promotion de la culture israélienne à travers le monde. Comme lui, d’autres jeunes graffeurs, auront ainsi la possibilité  d’aller à la rencontre de leur public. 

Lea Raso Della Volta