Adrien N’Koghe-Mba : « il faut que les Européens et les Africains se connaissent mieux »

La jeunesse africaine est en ébullition, représentant un défi de taille pour le continent berceau de l’humanité et le reste du monde aujourd’hui et pour l’avenir, au niveau économique, avec le danger du changement climatique. Adrien N’Koghe-Mba, fondateur de l’application Wany, veut instiller l’esprit d’entreprise auprès d’une jeunesse africaine tentée par l’exil et souligne, dans l’entretien accordé à Feat-Y, combien les relations entre l’Afrique et l’Europe sont décisives pour une pacification du monde. Interview.

Feat-Y : Pour quelles raisons avez-vous lancé l’application Wany et quels objectifs vous êtes-vous fixés ?

Adrien N’Koghe-Mba : parce que je suis Franco-Gabonais, que je codirige, à Libreville au Gabon, une école de 500 élèves, de la maternelle à la terminale et que la situation de la jeunesse africaine me préoccupe davantage de jour en jour.  Cette jeunesse africaine est prête aujourd’hui, au péril de sa vie, à traverser déserts et mers pour rejoindre une Europe idéale et imaginaire, alors qu’il doit leur être possible de vivre une nouvelle réalité en Afrique. C’est insupportable. Le monde occidental n’est en effet qu’une utopie transmise à la jeunesse africaine par les écrans. Et trop souvent la recherche de cette utopie se transforme en cauchemar voire en dystopie mortelle : c’est ce que le sociologue Joseph Tonda, gabonais, appelle l’Afrodystopie.  

Je suis aussi Français, breton, rennais, et je trouve indispensable que La France, grande puissance, se reconnecte à la réalité : elle a une responsabilité historique, avec l’Europe, pour que les flux migratoires générés par l’explosion démographique et le changement climatique ne se transforment pas en conflits. C’est une question d’instinct de survie pour tous. 

Je vais vous donner cinq chiffres pour comprendre ce qui se joue : un demi-milliard d’Africains vont naître dans les 10 prochaines années ; un enfant sur deux dans le monde sera africain à partir de 2035 ; deux tiers des villes africaines vont devenir invivables à cause du réchauffement climatique à partir de 2035 ; 42% des 18-24 ans Africains déclarent vouloir s’installer en Europe ; Les Nations-Unies estiment à 250 millions, le nombre de réfugiés climatiques qui comptent se déplacer vers l’Europe d’ici 2050.

Fort de ce constat, j’ai co-construit Wany en y associant au fur et à mesure des partenaires de compétences complémentaires : Agorize, Green Talk, Idées Folles, Les Frères Basquins, Marie-Dominique de Cayeux, Spécinov et Vidéotelling. Wany utilise ces écrans, porteurs d’une fausse utopie, pour donner envie à la jeunesse africaine de créer chez elle en Afrique les conditions favorables à un développement durable et un épanouissement de tous. 

Donner l’envie à la jeunesse africaine de rester sur le continent, c’est aussi lui donner les moyens de venir en France, pour s’enrichir d’idées et de compétences, et ensuite être acteur en Afrique. C’est un objectif de Wany, qui proposera la même mobilité à la jeunesse européenne et créera ainsi un système de mobilité circulaire.

Feat-Y : Quel est le fonctionnement pratique de l’application ?

A.N’K-M : chaque jour le jeune peut visionner des animations pédagogiques et ludiques, autour des Objectifs de développement durable (ODD) de l’agenda 2030 des Nations-Unies et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Il est aussi proposé des vidéos de témoignages d’entreprises présentes en Afrique sur leurs bonnes pratiques de responsabilité sociétale (RSE). Les jeunes progressent quotidiennement, s’informent, découvrent des métiers verts. Ils valident leur bonne compréhension à l’aide de quiz, et se donnent les moyens de répondre aux enjeux actuels.

Feat-Y : Comment insistez-vous auprès de la jeunesse africaine pour que celle-ci soit attentive aux objectifs du développement durable, notamment sous l’angle environnemental ?

A.N’K-M : Wany est un récit, porté par un personnage, Wawa, qui accompagne les jeunes tout au long de leur apprentissage. Une complicité est créée entre les jeunes et celui qui va leur montrer un chemin pragmatique de développement. L’idée est de mettre en évidence les ressources disponibles sur place, pour que la jeunesse africaine s’en empare et puisse se développer avec des projets qui sont à moindre impact. Il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs que l’Occident en termes d’impact environnemental. 

Feat-Y : Sur votre site, vous affirmez « mettre en lumière » des initiatives locales de la part d’africains ou d’africaines et les effets positifs sur leur communauté. Qu’est-ce qui détermine la sélection de ces exemples à mettre en avant auprès de la jeunesse africaine, de votre part ?

A.N’K-M : L’idée, c’est de faire un appel pour que les personnes porteuses d’initiatives se fassent connaître. Wany, c’est de l’intelligence collective : parmi les sept entreprises partenaires aujourd’hui, il y a Agorize, qui est spécialisé dans l’organisation de challenges en open innovation. C’est à travers la plateforme Agorize que l’on va pouvoir identifier puis sélectionner des projets qui vont constituer un vivier d’initiatives. Chaque jeune africain pourra y trouver son inspiration, voir ce qui lui ressemble et ce qu’il va pouvoir développer. 

Feat-Y : Est-ce qu’avec Wany, une nouvelle forme de partenariat pourrait s’organiser entre pays africains et entreprises extra-africaines ?

A.N’K-M : Exactement, cela s’inscrit dans la mobilité circulaire. Pourquoi ? Parce qu’il y aura des flux migratoires massifs, quoiqu’on en dise. Louis Michel, ancien Commissaire européen à la coopération internationale, à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises explique d’ailleurs qu’aujourd’hui, pour éviter une implosion, il faut que les Européens et les Africains se connaissent mieux.

Feat-Y : Est-ce qu’avec Wany, vous organisez une passerelle technologique entre l’Europe et l’Afrique, prolongeant une conviction de votre grand-père, Léon Mba, premier président du Gabon et personnage historique controversé ?

A.N’K-M : C’est important de se rendre compte que les Africains sont équipés de smartphones : 86% des jeunes en milieu urbain ont accès quotidiennement à un smartphone. Cet outil technologique va donc permettre de donner à ce projet une ampleur inédite en touchant massivement la jeunesse africaine. Il contribuera en effet à construire des ponts numériques opérationnels entre l’Europe et l’Afrique dans un objectif commun de Développement durable.

Concernant mon grand-père, il peut, vu de France, susciter la controverse, mais ce qui compte, c’est qu’il avait à cœur le développement du Gabon, qu’il tenait par-dessus tout au respect des droits de l’homme et à la dignité humaine, et à une relation stabilisée avec la France dans le cadre d’un bloc entre l’Europe et l’Afrique. Lors de son premier déplacement officiel en France en mars 1961, auprès du général de Gaulle il disait déjà « l’Eurafrique sera le continent qui stabilisera le monde inquiet de demain ». D’ailleurs, Alain Minc dit de son côté : « L’Europe et l’Afrique seront encore plus liées à l’avenir qu’elles ne l’étaient dans le passé. L’Eurafrique va exister de gré ou de force ».

Il est très important pour moi de contribuer à ce que l’Eurafrique se fasse dans la paix et l’harmonie.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

illustration: Vidéotelling

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