Le prolongement de la fermeture, par décision du gouvernement, de lieux culturel tels les théâtres, les musées, les salles de cinéma et les événements qui sont associés, plonge nombre d’acteurs du secteur de la culture dans la difficulté professionnelle, matérielle. Néanmoins, certains tentent de développer des alternatives et réfléchissent à des solutions pour solidifier un secteur d’activité méconsidéré.

Farah RK

« La culture est l’âme de la démocratie ». Cette citation de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin vient fort à propos avec le deuxième confinement, en place depuis fin octobre en France, qui met à l’arrêt un grand nombre d’activités liées à la culture, comme les salles de théâtre, les salles de cinéma ou encore les musées. Une situation qui met à mal des artistes, des directeurs de lieux culturels ou des organisateurs d’événements culturels. Pour Olivier Couder, directeur du Festival IMAGO, regroupant des spectacles sur le thème « Art et handicap » en Île-de-France, sa programmation s’est retrouvée stoppée net. « C’est une catastrophe pour le Festival IMAGO qui devait se dérouler sur trois mois (octobre-novembre-décembre). Et on voit bien que sur les trois mois, il y a un tiers qui a pu avoir lieu, et les deux derniers qui sont annulés ou reportés, ajournés » précise-t-il. Un arrière-goût d’abandon demeure dans les esprits. « Ils nous lâchent complètement ! » lance, dépité, le Dj Toni Vegas, soulignant, à travers ses observations auprès de ses enfants scolarisés, les contradictions du gouvernement au sujet des masques, des restaurants fermés mais que les cantines restent ouvertes.

Toni vegas

Ras-le-bol !

En comparaison avec le premier confinement, au printemps 2020, l’état d’esprit est plus dans l’écœurement. « Le premier confinement, tu avais une espèce de truc nouveau. C’était quelque chose qu’on ne connaissait pas. Il y avait une appréhension par rapport à nos métiers, mais paradoxalement, c’était un moment où tu vas pouvoir créer quelque chose et il y a quelque chose de nouveau qui va sortir de ça, dans le sens où c’est une situation inédite, inattendue, et que ça nous a permis, à nous les artistes, de nous éclater » se remémore l’humoriste Farah RK, avant d’ajouter au sujet du deuxième confinement, actuellement en place : « Là, c’est plutôt une source d’angoisse, le deuxième confinement. Ce n’est vraiment pas pareil. On a déjà connu ça. On a l’impression que le gouvernement se contrefout, un peu, de la situation des artistes, alors que nous permettons, un peu, aux gens de sortir de leur quotidien angoissant. Je suis beaucoup plus dans un esprit de ras-le-bol ». « Ils nous lâchent complètement ! » lance, dépité, le Dj Toni Vegas, soulignant, à travers ses observations auprès de ses enfants, les contradictions du gouvernement au sujet des masques, des restaurants fermés mais que les cantines restent ouvertes.

Un point de vue partagé par Sandrine Simmerling, photographe et fondatrice de l’école de danse MOVEMENT, qui craint les effets de long terme sur la motivation des personnes travaillant dans le monde de la culture : « Aujourd’hui, il est impossible d’exercer nos activités et trouver un emploi est un véritable parcours du combattant. Cela est très dur à supporter psychologiquement et financièrement. C’est aussi compliqué car, en tant qu’artiste, le manque d’interaction et de nourriture intellectuelle est source de perte de créativité. Et puis il faut aussi penser que créer et animer une communauté de danseurs est une activité demandant un fort investissement personnel et qui s’établit sur la durée. Avec un long laps de temps sans voir notre communauté de danseurs, il y a fort à parier que la motivation de certains aura baissé et qu’il faudra reprendre beaucoup de choses à zéro » analyse-t-elle.

Festival Imago

Activités liées ou séparées du cœur de métier

Face à ce schéma qui va durer jusqu’au 20 janvier, sauf évolution positive, comment rester actif/active et maintenir un certain niveau de vie quand on travaille dans le monde de la culture ? Il y a, d’un côté, une mise en place d’activités reliées à la culture ; de l’autre, des activités parallèles, déconnectées de la culture, a priori. Pour Olivier Couder, ce confinement est néanmoins une occasion de pouvoir organiser des répétitions et de préparer de futurs spectacles qui verront le jour lors de la réouverture des activités culturelles. Du côté de Toni Vegas, l’heure est à du travail en amont et à de la formation auprès des plus jeunes : « Pour le coup, jusqu’à il y a deux semaines, je donne des cours de mix. Histoire d’avoir un peu de rentrées. À part ça, c’est taffer la prod » explique-t-il, continuant ainsi à travailler autour de son cœur de métier.

Une stratégie qui diffère de celle menée par Farah RK et Sandrine Simmerling. Pour l’humoriste, qui fait également des voix off, elle bosse dans la communication digitale auprès d’entreprises, mais depuis le premier confinement, elle a créé une émission sur les réseaux sociaux intitulée Ça part en live. « De base, c’était de faire un show où on partageait toutes nos émotions durant le confinement et puis ça a évolué vers un show où on parle d’actu politique et où c’est divertissement en même temps, il n’y a pas de filtre, etc. » précise-t-elle, soulignant que ça lui permet de créer du lien social via Internet, substituant au lien que génère une scène de théâtre entre un artiste et le public. Chez Sandrine Simmerling, également diplômée en relations internationales, elle voulut travailler dans le domaine de la diplomatie mais en raison de son « cv pour le moins atypique » (sic), les candidatures demeuraient vaines et la photographe finit par trouver une mission d’intérim pour la période des fêtes de fin d’année. De quoi dépanner, mais sans avoir de garantie de sécurité financière. « Je suis très inquiète quant à ma situation et quant à la situation économique et sociale globale. Et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir et maintenir ce cap » précise-t-elle.

manifestation pour la culture ce mardi

Interpeller un pouvoir indifférent

Il est courant de parler de l’exception culturelle française pour évoquer la place qu’occupe la culture dans la vie de la cité hexagonale. Force est de constater que la culture a subi une lourde relégation dans l’action publique, en dépit des cinq milliards d’euros d’aides fournies au secteur depuis le premier confinement. « On a laissé mourir le milieu de la culture. Les humoristes, les techniciens, les régisseurs, ce sont des mots qui ne sont jamais sortis de la bouche de notre cher président pendant ses discours. Pas une seule fois ! » lâche Farah RK, révoltée par l’indifférence portée par le sommet de l’État à l’égard d’un secteur d’activité, qui comme d’autres souvent en lien indirect (hôtellerie, restauration), est pleinement exposé aux effets économiques de la crise sanitaire. « La culture est un des modes de sociabilité essentiels dans notre monde », rappelle Olivier Couder, vu combien la notion d’essentiel sert de qualificatif pour laisser travailler ou non un secteur d’activité. « Les aides financières sont indispensables pour maintenir la tête hors de l’eau et garder les structures sans être obligé de les fermer » ajoute-t-il.

Ce qui appelle à mener des initiatives pour interpeller le gouvernement. De manière conventionnelle, il y a des manifestations, comme celles s’étant réalisées sur plusieurs villes de France, mardi 15 décembre, rassemblant plusieurs milliers de personnes, notamment à Paris, pour demander la réouverture des lieux culturels et que les métiers du secteur de la culture puissent reprendre le travail. La demande de réouverture concerne également les boites de nuit, qui font également partie des laissés-pour-compte des confinements successifs. « En vrai, ils auraient dû ouvrir les boîtes de nuit. Les clubs étant assez grands, on pouvait faire de la distanciation, séparer les tables, servir des gens à leur tables. En vrai, on aurait pu ouvrir. Parce que ce qui s’est passé dans les restaurants, c’était Pump it up ! Tout le monde était collé. Fermer les boîtes de nuit, ça ne sert strictement à rien » déclare Toni Vegas, flinguant au passage la gestion gouvernementale en comparaison avec les restaurants durant l’été.

par Jonathan Baudoin

Infos:

Toni Vegas: https://www.facebook.com/tonivegas75/

Farah RK: https://www.facebook.com/FarahRrK/

Festival Imago: https://festivalimago.com/