C’est un fait : les arts divinatoires tels que la numérologie, le magnétisme, ou encore l’astrologie, font fureur de nos jours ! En 2018, 19% des Français(es) ont eu recourt à une voyante*. On retrouve désormais même un salon dédié chaque année à Paris. C’est dire l’engouement que peuvent provoquer ces voyants, notamment lorsque l’on sait que toutes les ressources de notre cerveau ne sont pas utilisées. Mais le revers de la médaille peut parfois être plus sombre. En effet, en France, aucun cadre légal n’existe pour réguler les pratiques frauduleuses. Si certains militent pour la création d’une carte professionnelle, il est toujours bon de prévenir les arnaques, et de comprendre les rouages d’une telle éthique. C’est précisément le but de L’INAD (Institut National des Arts Divinatoires). Cet organisme associatif (loi 1901) a pour enjeu de moraliser la profession, mais aussi de prévenir et de défendre le consommateur(ice) des arts divinatoires. Appuyé par son Président, Youcef SISSAOUI, nous avons tenté de saisir les contours flous de l’éthique lorsqu’on parle d’arts divinatoires. 

Comprendre les arts divinatoires pour en saisir l’éthique

Du grec ethikos, moral, l’éthique est une notion ouvrant le champ des possibles sur ce qu’il est bon ou non de faire, mais aussi sur la finalité de ses actes. De véritables piliers dans les arts divinatoires, qu’il s’agisse de voyance ou encore d’astrologie. Des piliers, qu’il est important de prendre au premier degré, puisque oui, faire appel aux arts divinatoires n’est pas obligatoire. Toute une vie durant, il est possible de vivre sans voyance. Cette dernière est tout simplement là pour apporter la lumière, que l’on soit déterministe ou que l’on prône le libre-arbitre. Dans cette perspective, l’éthique commence par comprendre qu’un spécialiste des arts divinatoires n’a jamais raison. 

Même s’il y a un support, il ne s’agit pas là d’une science exacte, mais bien d’une méthode basée sur… la morale et sur la croyance. Nous y reviendrons ! En résumé, selon Youcef SISSAOUI, la croyance en la voyance ne laisse personne indifférent, elle se situe dans un état d’adhésion. Cette croyance aux arts divinatoires, pour beaucoup de nos semblables, est une croyance dogmatique, souvent liée à l’éducation, au milieu familial, à la religion, à la foi, à l’espoir.

L’éthique est donc essentielle aussi bien pour le praticien que pour le client. Elle permet de rendre la croyance viable, et d’adopter des règles respectives, pour cette profession qui figure parmi les plus vieux métiers du monde ! Et si l’idée, pour un voyant, est de s’incarner dans l’autre, il est capital de prendre en considération les véritables motivations de celui ou de celle qui donne la consultation. Pratiquer les arts divinatoires, c’est avant tout avoir de l’expérience et du recul. Car n’oublions pas qu’il s’agit d’un métier de conseil, qui fait appel à une certaine sensibilité. C’est cette même sensibilité qui pose cette fameuse question de l’éthique !

Mais dans tout cela, que dit la loi ? Très concrètement, la loi ne nous dit pas plus qu’un voyant a une obligation de moyen, et non de but. Une frontière assez floue avec la morale, qui implique que quiconque peut dire n’importe quoi, et encore une fois, que tout est affaire de croyance avant tout. Les praticiens des arts divinatoires n’ont, en bref, rien à prouver, tout à convaincre. 

Aller consulter s’impose bel et bien comme une démarche, qui prend en considération ces questionnements éthiques au préalable. Il est donc nécessaire de savoir à qui l’on a à faire. Une écoute mutuelle, qui peut malgré tout s’appuyer sur une charte régulant l’ensemble de la profession : la charte de déontologie de l’INAD. Pour Youcef SISSAOUI, elle constitue un véritable garde-fou contre les voyants voyous et une assurance, un confort pour les clients consommateurs.

Car c’est bien là la véritable question ? Si l’on part du principe que quiconque peut se déclarer à l’URSSAF et ouvrir un cabinet de voyance, comment savoir repérer les arnaques ? Comment rendre compte d’une véritable éthique chez un voyant ?

Arts divinatoires : savoir débusquer une éthique douteuse

Il faut bien partir d’un présupposé : l’exercice des arts divinatoires n’a d’autre finalité que celle d’éclairer celui ou celle qui y fait appel, sur son avenir potentiel. Pour le voyant, l’objectif est de faire prendre conscience au demandeur/euse, que ce dernier peut, en toute connaissance de cause, exercer son libre-arbitre. Un pilier central, autour duquel tourne bon nombre d’éléments concrets.

En effet, un voyant n’a et ne doit avoir aucune ascendance sur son patient. Il ne s’impose pas comme un remède, et, de ce fait, ne met en place aucune stratégie de démarche. Dans l’éthique, une demande de voyance doit alors venir de la personne concernée, en pleine confiance. Une nouvelle fois, cette relation privilégiée s’inscrit dans un code moral, puisque, nous dit Youcef SISSAOUI, Nul besoin d’un diplôme ou de certificats pour devenir voyant, mage, sorcier, marabout …, n’importe qui, n’importe quand peut s’installer et exercer l’activité de voyance.  C’est l’une des rares professions qui ne soit pas réglementée ni contrôlée un tant soit peu, c’est aussi une véritable jungle infiltrée par une véritable mafia en col blanc.  Certaines plateformes s’entourent de 300 à 500 pseudo-voyants dits Master ou expert (en escroquerie, bien sûr.) Leurs chiffres d’affaires sont gigantesques.

Mais alors peut-on réellement être sûr(e) de ne pas avoir affaire à un charlatan ? Dans l’absolu, non, mais pour débusquer une éthique douteuse, au-delà de la confiance, certains réflexes peuvent exister :

  • Un praticien ne peut pas utiliser de terme évoquant la gratuité, pour une offre qui, précisément, ne le serait pas,
  • Personne ne peut utiliser des numéros de carte bleue pour vérifier la majorité de son client,
  • Un client a le droit de dire ce qu’il ne souhaite pas qu’on lui dise, au préalable. De la même manière, le voyant a le droit de moduler. Tout réside dans la communication !
  • Il peut être intéressant, de nos jours, d’effectuer une recherche à propose de son praticien sur internet. Bien souvent, les praticiens possèdent un site, sur lequel sont inscrites en toutes lettres les conditions générales, les conditions d’annulation, et sa présence au registre de l’INAD,

Un voyant a également des obligations morales, qui place le degré d’éthique au plus haut niveau. Il est, en aucun cas, autorisé d’abuser d’une personne apparemment plus faible. Il faut savoir dire non, et rassurer le client. Youcef SISSAOUI ajoute même que les arnaques les plus courantes ce sont les abus et les escroqueries sous le couvert des travaux occultes imaginaires proposés par les affairistes, les illuminés et les escrocs pour arrondir leurs fins de mois à des personnes déconnectées de la réalité, en situation de mal être et/ou tourmentées affectivement, malades ou handicapées. Les escroqueries vont de 500 à 150.000 €.

Attention, donc, à savoir éveiller son esprit critique. De la même manière, un voyant ne peut s’imposer comme un médecin. Aucun diagnostic de santé peut être apposer : chacun son métier, et il s’agirait là d’un exercice illégal. Dans la même perspective, les consultations auprès de mineurs sont interdites, pour la simple raison que ces derniers sont trop changeants intérieurement. Enfin, s’il ne s’agit pas de médecine ni de psychologie, le secret professionnel est, lui, bien de mise. C’est ce qui liera le voyant à son client, toujours dans cet esprit de confiance qui charpente la relation. Car, oui, selon Youcef SISSAOUI, un praticien ne doit jamais aborder une question liée à l’intimité de son client, si ce dernier n’en fait pas la demande. Il ne doit en aucun faire croire à son client que ce dernier est envoûté, sous le charme d’une sorcellerie effectuée par un tiers, ou victime d’un mauvais sort héréditaire ou provoqué par un parent, ami, rival ou rivale etc., dans le but de lui soutirer des sommes rondelettes. Il ne doit pas non plus lui faire peur, amplifier son angoisse, mais au contraire il doit tout déployer pour rassurer son client… La confiance avant tout ! 

La confiance, oui, mais où placer la croyance dans l’éthique ? De quoi se compose ce rapport ténu ? 

Éthique et confiance : la frontière poreuse des arts divinatoires

Rien de plus simple, pour un praticien, que d’adopter des automatismes langagiers et de savoir établir des déductions. Il est donc capital, pour respecter l’éthique, de saisir la confiance comme un ciment. Un ciment qui, pas après pas, bâtit une relation professionnelle, construite par rien d’autre que le respect mutuel. 

Croire ou ne pas croire c’est l’affaire de chacun. Selon moi, la croyance et la foi sont indissociables et constituent une part importante, essentielle de la vie. C’est aussi un espoir auquel le désespéré s’accroche comme à une bouée de sauvetage, cela fait partie de la vie des communs des mortels. Cela nous donne force et énergie pour surmonter les obstacles, affronter l’adversité ; l’angoisse, la solitude, la peur des lendemains qui déchantent… Tous les lieux de cultes sont liés à la croyance d’un dieu, d’un saint ou d’un prophète, mais depuis de nombreuses années ce sont les escrocs, les illuminés et les affairistes de tout poil, des voyants usurpateurs vendeurs de chimères qui ont remplacé les lieux de cultes (les églises se vident au profit des pseudo-faiseurs de miracles déguisés en voyant, qui ne voient même pas le bout de leur nez.) Mais ne mettons tout le monde dans le même panier, il y a tout de même des professionnels qui méritent le détour et sont capables de confondre le plus irréductibles des sceptiques, sans le ruiner.

Ce que Youcef SISSAOUI nous dit à demi-mots, c’est qu’il faut aussi savoir respecter que dans cette relation a la croyance, certains arts divinatoires sont culturels. Que la confiance se fonde bien au-delà des éléments concrets, des pratiques légales et du champ des chiffres. Tout praticien qui se respecte à, à son échelle, un niveau d’éthique, qui doit correspondre à celui de son client.

Et c’est peut-être là, l’harmonie parfaite : trouver l’équilibre entre les attentes de l’un, et les moyens de l’autre. Un savant mélange, qui permet de placer les arts divinatoires comme une ressource plus qu’une pratique, une main sur l’épaule, plutôt qu’un absolu.  

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter la charte de déontologie de l’INAD : https://inad.info/documents/charte-de-deontologie

* Source : Statista

Thomas Louis