L’amour et la nature sont au cœur du travail d’Anne Turlais. Depuis 2016, l’artiste peintre diffuse grâce à l’outil digital sa vision de l’art et de la beauté au plus grand nombre, et notamment aux publics empêchés. Aujourd’hui, elle lance une campagne de financement Zeste pour poursuivre son expérience dans quatre Ehpads. Pour le moment, près de 7 500 euros ont été récoltés.

Feat-Y : Racontez-nous votre parcours d’artiste peintre !

Anne Turlais : Je suis autodidacte, non par choix, mais tout simplement parce que mes parents n’ont pas accepté mon souhait de faire les Beaux-Arts. Après le bac, je suis partie de chez moi à 17 ans et j’ai commencé à peindre pour de bon. J’ai fait ma première exposition à 26 ans, puis je suis partie à Paris à 28 ans pour apprendre le métier d’imprimeur taille-doucier, avant de travailler dans l’un des deux grands ateliers parisiens. Ma passion pour la peinture a été plus forte : j’ai quitté mon travail pour m’y consacrer, et en parallèle, j’imprimais également pour des artistes. Depuis 2002, je suis installée dans le Lot, où je poursuis mes œuvres et mes expositions.

Feat-Y : Quel est votre rapport à la peinture ?

A.T. : Je peins depuis 40 ans : j’ai réalisé mon premier tableau à 14 ans, pour mon grand-père. C’était un acte d’amour, et j’ai conservé cette façon humaine de travailler. Je pense que cela passe par une recherche en soi, puis vers l’autre. Pour moi, la beauté n’est pas un concept, mais une expérience spirituelle. Lors de mes expositions, les gens m’ont souvent dit que mes œuvres leur faisaient du bien. Ensuite, j’ai accompagné mon père en Ehpad, j’ai eu un problème de santé et j’ai donné un atelier dans un établissement carcéral. Ces trois expériences m’ont fait comprendre que l’art devait absolument se partager.

Feat-Y : Quelle est votre vision de l’artiste ?

A.T : Ce qui compte à mes yeux, c’est cette part de beauté que chacun porte en lui. Je pense notamment au jeune photographe Jérémie Villet, à ses clichés de la nature et de la faune sauvage. Il affronte le froid et la solitude. Il fait preuve d’humilité, de patience, et fournit beaucoup d’efforts, ne serait-ce que pour avoir une seule photo. C’est ce genre de parcours dont je me sens le plus proche. Je suis allée moins loin, mais il s’agit de la même recherche de la part de beauté et de sacré que l’on porte en nous. Selon le peintre Rothko, l’art a pour mission de réparer le monde. Je dirais que pour restaurer le monde, il faudrait d’abord commencer par l’Homme. Aujourd’hui, on s’est éloignés de la dignité de l’Être.

Feat-Y : Comment a débuté votre projet ?

A.T : En 2016, l’outil digital est devenu pour moi une solution afin de partager ma vision de la beauté au plus grand nombre, et notamment aux publics souffrant de maladies ou d’isolement. J’ai alors lancé « 365 Vagues d’Amour« , en créant chaque jour une peinture sur tablette digitale. L’œuvre était d’abord diffusée dans un hôpital et une école ainsi que vers 500 abonnés. Cette année, durant les périodes de confinement, j’ai recommencé à peindre via l’outil digital et expédié vers 2 000 e-mails une peinture par semaine. Mon fils m’a aidé à utiliser le processus créatif de chaque peinture, afin de créer des petites vidéos, avec des musiques en fond sonore : Debussy, Chopin, Bach… C’est une vraie expérience émotionnelle. Je l’ai testée il y a 7 mois, dans des Ehpads, et les retours ont été unanimes quant à l’apaisement procuré par ces dernières.

Feat-Y : Pourquoi diffuser vos œuvres dans des Ehpads ?

A.T. : Bien avant la pandémie de Covid-19, j’étais déjà sensible au public des Ehpads : il y a une première souffrance due à la perte d’autonomie, puis on est loin de ses proches, et on met ensemble plusieurs personnes qui partagent les mêmes angoisses. Ce fait n’est pas assez pris en compte dans notre société. C’est assez mortifère, malgré le personnel bienveillant. D’après moi, le contenu diffusé via les téléviseurs des Ehpads n’est pas adapté à la demande des résidents. Face à l’inquiétude, il y a un besoin de douceur. Il y a toujours un petit élément déclencheur : les couleurs, un sujet, une phrase, un mot, une musique… Cette expérience est une façon d’apporter de l’apaisement aux résidents comme au personnel, d’autant plus en cette période troublée.

Feat-Y : Votre démarche suit une continuité depuis 2016. Quelle est la prochaine étape ?

A.T. : Je vais continuer de créer des peintures pour ce projet destiné aux Ehpads jusqu’au printemps 2021 pour produire une vidéo par semaine durant un an. Ce dernier pourra être proposé à tous les établissements désirant faire l’expérience sur un mois, puis ils pourront choisir leur mode de fréquence, de projection et d’abonnement. J’aimerais alors enchaîner tout de suite vers les établissements carcéraux et les hôpitaux psychiatriques : il y a aussi énormément de stress dans ces lieux actuellement. Par ailleurs, je suis à la recherche d’artistes qui partagent ma vision de la beauté afin de poursuivre ce projet.

Propos recueillis par Mélanie Domergue

Infos :

Pour accéder à la page du projet Zeste : https://www.zeste.coop/fr/anne-artwave

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