Lola Moy et Romain Durand (Ankore) : « Les pièces qu’on va proposer sont intemporelles »

Recycler le plastique des océans pour en faire des vêtements, c’est ce que lance Ankore, une société fondée il y a un an par deux bretons, Romain Durand et Lola Moy. Ces deux jeunes entrepreneurs tiennent à promouvoir un modèle écologique avec pour souci de produire de la manière la plus responsable possible et d’innover dans ce sens. Interview.

Feat-Y : Quels sont vos parcours ?

Romain Durand : Je m’appelle Romain et j’ai 30 ans. Après un DUT en gestion des entreprises et des administrations, j’ai travaillé dans plusieurs domaines différents, comme conseiller clientèle, dans la restauration, etc. Après quelques années, j’ai repris des études avec un Master 2 en droit social. Ensuite, j’ai travaillé à Nantes comme juriste. Au fur et à mesure, dans ma tête et dans celle de Lola, un projet a commencé à mûrir. 

Lola Moy : Je m’appelle Lola, j’ai 29 ans. J’ai une maîtrise en psychologie et un master 2 en ressources humaines. Étudiante, je bossais aussi dans la restauration. Avec Romain, nous avions monté une boîte saisonnière pendant 3 ans pour financer nos études. J’ai travaillé ensuite en tant que chargé RH. Nous n’avons pas du tout un parcours de créateurs de vêtements !

Romain Durand : Pendant qu’on occupait nos emplois respectifs, nous avons commencé à réfléchir à un projet dans l’écologie et la préservation de l’environnement. Plusieurs mois après, nous avons décidé de quitter nos emplois pour créer ANKORE.

Feat-Y : Qu’est-ce qui vous a convaincu de cofonder Ankore et depuis combien de temps existe-t-elle ?

Romain Durand : Nous sommes très concernés par la préservation du littoral. On a commencé, à notre petite échelle, par des nettoyages de plages qu’on voyait de plus en plus polluées, année après année. On a voulu passer à un stade supérieur et développer un projet qui avait plus de sens. Nos emplois respectifs nous plaisaient mais nous avions toujours cette idée qui nous trottait dans la tête. Nous avons réfléchi à plusieurs types de projets. Je suis surfeur, donc l’océan a toujours été un élément important de notre mode de vie. C’est Ankore qui est resté. 

Lola Moy : Moi, je suis autodidacte en couture. C’est une passion. Avec nos deux forces et notre engagement face à l’urgence climatique, c’est ce qui nous a semblé être le plus pertinent. La structure juridique d’Ankore existe depuis mai 2019 pour nous permettre de travailler avec nos partenaires.

« On parle aux gens qui sont concernés par la planète, la préservation des océans et l’urgence climatique. Au niveau des âges, tout le monde peut se reconnaître »

Feat-Y : Qu’est-ce que votre marque propose et qui ciblez-vous ?

Lola Moy : On parle aux gens qui sont concernés par la planète, la préservation des océans et l’urgence climatique. Au niveau des âges, tout le monde peut se reconnaître. On a eu des commentaires de personnes de 18 ans, de personnes de 50 ans, qui disent que notre projet leur plaît beaucoup. Après, ce qu’on défend, c’est plutôt un modèle vertueux. Ce qu’on veut faire, c’est du circuit court. Là, on travaille avec un atelier au nord du Portugal. On est à 1.000 kilomètres d’eux. Le but est d’avoir une empreinte carbone la plus limitée possible. Ne pas multiplier non plus les allers-retours parce que tout est fait dans cet atelier-là. On a tout centralisé, que ce soient les étiquettes, les bord-côtes. Tout est vraiment fait au même endroit. Avec bien sûr des conditions de travail les plus optimales possibles. Ce qu’on souhaite surtout, c’est réutiliser ce qui existe déjà, plutôt que de recréer quelque chose. Le plastique est repêché de l’océan. Il est ensuite nettoyé, broyé en paillettes, fondu en billes puis enfin transformé en fil et mixé avec du coton biologique, afin d’obtenir nos vêtements. L’idée, c’est de passer d’un modèle productiviste où le seul but est la production de masse à un modèle écologique où le but est de préserver la planète. Les pièces qu’on va proposer sont intemporelles. Le but n’est pas de multiplier le nombre de collections, mais d’être focus sur ce qu’on produit maintenant et d’avoir des vêtements qui sont durables. On n’a pas besoin de 10 sweats dans sa garde-robe qui vont passer au lavage, s’effilocher. C’est plus là-dessus qu’on travaille. Un grammage épais, une maille résistante, des couleurs qui durent, des bord-côtes solides. Ce sont des détails qui font la différence.

Feat-Y : Vous y avez quelque peu répondu, mais quelles matières utilisez-vous pour vos vêtements recyclés ?

Lola Moy : On utilise du polyester recyclé. Du plastique repêché dans les océans et du coton biologique. Ça donne une maille solide et hyper confortable.

Feat-Y : Vous lancez une campagne sur la plateforme Ulule. Quel serait l’objectif à atteindre pour votre marque à travers cette campagne ?

Romain Durand : Pour l’instant, on aimerait vendre 200 pièces, mais on n’a pas vraiment d’objectif en termes de ventes. Le but de la campagne, ça va être de faire un test grandeur nature. On voit déjà qu’il y a une curiosité et un intérêt pour notre initiative. Il y a une dynamique qui se crée, on le voit sur les réseaux et avec les personnes avec lesquelles on parle. Le fait d’aimer la marque, c’est une chose. Acheter un vêtement est un engagement tout autre. Ça va nous permettre, même financièrement, de pouvoir produire la quantité nécessaire parce que c’est le système des préventes qui nous permet de financer ça. Ça nous évite aussi de surproduire et de voir, à court et moyen terme, la popularité de la campagne. Et si la campagne fonctionne vraiment bien, on a déjà plein d’idées de nouveaux modèles, de nouvelles matières.

Feat-Y : Envisagez-vous des partenariats avec des sociétés de couture en France et ailleurs dans le monde ? Est-ce que c’est déjà le cas ?

Lola Moy : Actuellement, on travaille avec un atelier qui est au Portugal. A l’avenir, on compte aller chercher les meilleurs ateliers en fonction des produits, avec toujours un impératif de circuit-court.

Feat-Y : Quels objectifs vous êtes-vous fixés sur l’année 2020, voire même l’ensemble de la décennie ?

Lola Moy : Alors 2020, l’objectif va être de réussir la campagne. Sur l’ensemble de la décennie, ce sera toujours d’innover, de rechercher de nouvelles manières de produire encore plus responsables que ce qui se passe actuellement sur la planète.

« On est plutôt d’un naturel optimiste et on pense qu’il peut y avoir un sursaut collectif, parce qu’il faut du collectif pour que ça marche. »

Feat-Y : Pensez-vous que la conjoncture actuelle va accélérer une restructuration de la mode vers des vêtements recyclés, comme ce que vous proposez ?

Romain Durand : C’est une grande question. Il y a deux possibilités, après le Covid-19. Soit tout le monde recommence à faire comme avant, avec les vieilles habitudes, soit il y a un sursaut collectif. On est plutôt d’un naturel optimiste et on pense qu’il peut y avoir un sursaut collectif, parce qu’il faut du collectif pour que ça marche. On peut considérer cela comme une alerte avant que ça ne soit trop tard pour la planète. Je pense qu’il peut résulter quelque chose de bon d’un événement qui est dramatique à la base. 

Lola Moy : Je pense que cette crise a permis à beaucoup de personnes d’ouvrir les yeux et de se rendre compte que, finalement, on est mauvais pour nous-mêmes et pour la planète. Quand on voit les baisses d’émissions de gaz à effet de serre, les animaux qui reviennent, je pense que les gens vont avoir une prise de conscience. Enfin, on l’espère !

Feat-Y : Si vous étiez un film, lequel seriez-vous ?

Lola Moy : Je vais dire Peau d’âne, de Demy. C’est ma Madeleine de Proust à moi ! (Rires)

Romain Durand : C’est plutôt un court-métrage qui doit faire 30-40 minutes, c’est Under an Arctic Sky de Chris Burkard. C’est un film sur le surf, sur le voyage. Les images sont magnifiques !

Feat-Y : Si vous étiez une chanson, laquelle seriez-vous ?

Lola Moy : Je répondrais plutôt un artiste. En ce moment, j’écoute beaucoup le dernier album de Bashung, Bleu pétrole. C’est mon petit truc du moment.

Romain Durand : Je suis plus hip-hop. Je dirais « The Message » de Nas.

Feat-Y : Si vous étiez une œuvre littéraire, ce serait laquelle ? 

Romain Durand : J’ai lu, récemment, Jours Barbares de William Finnegan, qui a eu le prix Pullitzer. C’est un des premiers surfeurs-explorateurs, qui doit avoir à peu près 70 ans aujourd’hui, qui a parcouru tous les pays. C’est vraiment un appel au voyage. C’est très beau !

Lola Moy : Là où le surf était encore possible, sans personne ! Moi, je pense que ce serait Ken Follett, Un monde sans fin. J’aime beaucoup cet univers-là. On suit l’évolution des personnages tout du long et il leur arrive beaucoup de choses. En plus, il y a la peste, c’est d’actualité. Je pense que c’est pour ça que j’ai pensé à celui-là en fait.

Feat-Y : Si vous étiez un personnage historique, ce serait qui ? 

Lola Moy : Il y avait à Nantes, une exposition, il n’y a pas longtemps, sur Dalí. Je dirais Dalí pour son excentricité, sa créativité. 

Romain Durand : Je dirais Martin Luther King, pour l’espoir qu’il a pu apporter et qui s’est tragiquement fini. C’est une personnalité qui a apporté un souffle nouveau aux États-Unis, à un moment où ils en avaient bien besoin !

Feat-Y : Si vous étiez un océan ou une mer, ce serait lequel ?

Romain Durand : L’océan Atlantique, en tant que breton.

Lola Moy : Moi aussi !

Romain Durand : Il peut ressembler, à certains moments, à l’océan Indien ou d’autres océans aux eaux très transparentes. Notamment quand on va vers Crozon, c’est magnifique. On n’a rien à envier au reste du monde ! (Rires)

Feat-Y : Si vous étiez un tissu, ce serait lequel ?

Lola Moy : Je pense que je serais du plastique recyclé des océans. (Rires)

Romain Durand : Et moi, je serais du coton biologique. (Rires)

Feat-Y : Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous ? 

Lola Moy : Un chat, parce qu’il a toujours le don de trouver les meilleurs endroits pour se poser. Toujours les plus doux possible.

Romain Durand : Je pense que je serais un dauphin parce que c’est le meilleur surfeur de la planète.

Feat-Y : Si vous étiez une plante, vous seriez laquelle ?

Romain Durand : Je pense que je serais un olivier. Il y en a un, juste là, en face de moi, sur le balcon.

Lola Moy : Je serais une pilea, parce que c’est une plante vraiment drôle qui me fait rire

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

Plus d’informations:

https://ankore.co/